Les goûters plastiques de Patrick Chappert-Gaujal.
Fidélité à une enfance et à ses jeux, là où s’étend le drap nuptial
du
frou-frou quotidien
de la mer et de la terre. On n’y trouve pas
seulement des violettes et des roses; c’est
dans ce précieux gisement
que Patrick Chappert-Gaujal pêche et cueille ses goûters plastiques.
Ici sur les lèvres mouvantes de MARE NOSTRUM (le ”lac domestique” du
poète Salah Stetié)
et sur les franges de la VIA DOMITIA, un jardin de
cimetière d’objets et de signes. Plage
d’aventures, où l’artiste
recherche sa matière : végétale, minérale, culturelle.
La promenade
(pas à pas), la chasse-cueillette (à la manière de celle
d’un archéologue), voici le premier
travail de Patrick, que nous savons
ivre de surprises et de ce “je ne sais quoi” et “presque rien”
(si cher
au philosophe Jankelevitch) qui appelle au rendez-vous son oeil et sa
rêverie.
Traces humbles, dérisoires, et cependant fascinants trophées empruntés
à l’écriture éphémère
et disparate du temps, du mouvement du jour et de
la nuit, de cette valse météorologique,
plus ou moins enragée.
Le deuxième travail de Patrick est d’atelier. Mais notons-le, pas de
n’importe quel atelier.
Dans le sien - vaste, toutes verrières ouvertes sur l’étang et la mer - vécut
l’écrivain-pirate Henry de Monfreid, fils du peintre
Georges-Daniel et, à certaines heures du soir
ou du matin, on peut y
croiser les fantômes de quelques géants qui s’y arrêtèrent
(Gaugin, Matisse, Picasso) ou
plantèrent leur chevalet non
loin (Hartung). C’est ici, dans cet
abri de chaleur - qui intimide et responsabilise à la fois - que Chappert-Gaujal
est devenu peintre
et sculpteur. C’est ici, régi d'avantage par le paradigme de la
récupération que celui du READY-MADE,
qu’il fait, avec ses propres
mains et un regard de mage, des images et des ruines choisies.
Mais l’oeuvre n’existe complètement que passée par une troisième
épreuve, celle de la couleur.
L’artiste ne se suffit pas de la chair de
la ruine (végétale, minérale, textile, industrielle) organisée,
il
l’habille, lui donne un corps et une allure de gala, il restitue une
sorte de parole claire à toute chose
que l’abandon, la désuétude ou le
mépris avaient rendu muette, à toute chose que la table de travail
(disposer, superposer, coller) ré-interprète, avec un besoin des
respiration et une exigence de
battement du sens.
Avec la matière première glanée et accumulée (qui un temps “se repose”
sur
les étagères de son atelier) P. Chappert-Gaujal élabore des
tableaux-reliefs des volumes-stèles,
lesquels ne nous parlent pas
seulement (entre mémoire et fiction) de l’esprit d’un lieu particulier,
mais de tous ces lieux - et sortilèges - emmêlés que l’artiste véhicule
dans sa valise de grand voyageur,
de la Suède à l’Afrique du Sud, de
l’Asie à l’Amérique. L’amoureux de son confins occitan possède
des
ailes qui le mènent partout. C’est bien pour cela que son art ludique
et ingénieux nous ouvre
un chemin vers le merveilleux et vers le rêve.
Jacques Queralt. Août 1996