Patrick Chappert-Gaujal






 
« Je pars à l’aventure » , voici le premier acte de création, déjà porteur d’émotion ; c'est-à-dire ramasser sur les plages méditerranéennes d’innombrables morceaux de bois qui flottèrent, mystérieusement venus d’un ailleurs inconnu, résidus organiques de forêts génitrices. Mais aussi des morceaux de plastique, souvenirs lointains d’objets des temps modernes. Patrick Chappert-Gaujal étale ensuite tous ces déchets à même le sol de son atelier. Sa vision déclanche alors le processus de construction, travail manuel rapide d’une incroyable dextérité. « Trouver des combinaisons entre les matériaux ; puzzle sans solution de départ », explique-t il. L’objet ainsi obtenu est couvert de signes colorés. Des couleurs vives associées à une multiplicité de formes et de signes dont on ne se lasse pas d’interroger le sens. De tous ces ensembles émane un formidable sentiment de vie et de joie. Patrick Chappert-Gaujal applique sur ces objets créés « de toutes pièces », sa passion pour le dessin, et surtout son attirance pour l'opulence, les séries, la quantité.
L’artiste, comme par magie, (ainsi que Braque et Picasso le firent au début du XXè siècle) a insufflé une nouvelle dimension à l’anodin, au rien du tout : la noblesse de l’œuvre d’art. Soit totems, issus d’un primitivisme réinventé par une modernité qui n’aurait rien perdu du sens du sacré ; soit frises murales, procédés plastiques qui traversent les siècles, l’artiste inventant par des signes nouveaux son propre langage ; soit cercles, évoquant pour Patrick Chappert-Gaujal les roues des chars parcourant l’antique Via Domitia traversant le sud de la France. Mais ces formes rondes ne représenteraient –elles pas aussi la terre-mère, c’est-à-dire le Monde ?
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » Qui pourrait douter de la réponse ?


Catherine Deloncle - 2005

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