L'explorateur infatiguable
P. Chappert-Gaujal crée un monde, une autre réalité dans
laquelle il nous invite
à
pénétrer par une multitude de chemins qu'il balise de signes,
d'écritures,
d'indices.
A la fois peintre, sculpteur et plasticien, l'artiste est un prospecteur
infatigable, en quête
de son propre étonnement,
cherchant à rattraper le temps de l'enfance et ses émerveillements.
De ses rêves d'archéologue, il puise d'étranges topographies
qui organisent chacune de
ses compositions. De ses rêves d'architecte, il agence les assemblages
et les
constructions de son univers. Et il en est ainsi depuis les premiers dessins.
Le créateur avait besoin de matière et de matériaux.
Les huiles, la toile, en
manquaient cruellement et la sculpture n'était que cela. Il y avait, à portée
de main, sur la grève, tous les morceaux du puzzle de son œuvre.
Lisse
d'esquif inconnu, manche d'aviron brisé, planche de caisse, bout
de branche,
morceaux rongés de sel et poli par les flots, mailles de filet,
drisse effilochée.
cordage usé, tongue brûlée de soleil, bouée éventrée,
flotteur égaré,
P. Chappert-Gaujal est insatiable, son atelier regorge de ses prises qu'il
collectionne, organise, installe déjà, créant des
accumulations, des séries
aux parfums de musée d'histoire naturelle et de cabinet de curiosités.
Il puise dans le paysage les éléments qui lui permettent
d'en mettre un
autre en scène. Le tableau est en marche, le travail devient fouille,
reconstitution
inspirée d'un univers intérieur, unique, onirique,
P. Chappert-Gaujal
explore avec délectation une esthétique
et une symbolique qui nous échappent,
mais, si chargée d'une
humanité absente
(disparue, à venir?), que l'on peut y
inventer les atours d'une civilisation.
Le peintre a l'art de la symphonie des couleurs
et le pinceau précis,
il nous pousse en un dédale de pistes hasardeuses parcourues
d'idéogrammes,
il s'amuse à
nous perdre, avec lui, parmi toutes les combinaisons
possibles du rébus dont il ne connaît pas la réponse.
Il a l'âme d'un explorateur,
sur
la plage, dans l'atelier, sur la toile, et ce n'est pas le récit
de ses aventures qu'il nous
propose, mais de lui emboîter le pas, de suivre les traces sur les
territoires
qu'il nous révèle.
Chaque pièce porte en elle son appartenance à un autre ensemble,
bien
plus vaste, infini peut-être, et P. Chappert-Gaujal en parcourt un
peu plus
l'étendue chaque jour, nous ouvrant le monde de ses émotions
voyageuses.
Jean-Michel Collet - juin 2003
Préface au catalogue Patrick Chappert-Gaujal. Villeneuve
sur Lot. Expo d'été 2003