Patrick Chappert-Gaujal au Château Le Bouïs

 
 
L’œuvre est “internationalisée” depuis longtemps et naturellement voyageuse.
Aussi les occasions de rencontrer le travail de Patrick Chappert-Gaujal, ce voisin de La Franqui,
se font rares. Il ne faut donc pas prendre le risque de rater la courte apparition qu’en offre
le Château du Bouïs (1). On sait que les propositions de cet artiste ont les apparences d’énoncés
connus et de démonstrations convenues. Il use en effet de “laisses de mer”, de bois flottés et
autres trouvailles de plage et de chemins creux. A priori, un ordinaire d’orpailleur d’épaves et
de bazars naïfs. Bien entendu cette lisibilité exhibée est un leurre. Premier et décisif paradoxe,
il n’est justement pas un pilleur de sens et de formes. Il n’est pas de ceux qui prétendent au concept
en ajoutant trois plumes et deux ficelles à un moignon de chêne salé. Il ne prétend pas non plus réifier
la matière du hasard en presse-papiers ou en dessous-de-plat. En bref, il ne considère le trouvé,
le récupéré, le donné que pour ce qu’ils sont : un système de signes qu’il faut trier, ordonner, classer
pour en faire une langue. De ce point de vue il se marque d’une parenté qui vaut un programme,
quelque part entre Schwitters et Louis Pons. Pourtant cette filiation n’est pas tout à fait la sienne.
L’emboîtage, l’entassement, le jeu des choses mortes, l’ironie de l’assemblage ne lui sont qu’une
méthode, et la matière, le “trouvé” n’est somme toute qu’un support plus disponible, plus tentant,
que d’autres. Il n’est pas un naufrageur de beauté, un ramasseur de nacres impossibles.
Fondamentalement ce chiffonnier des sables est d’abord et surtout un peintre. Et un bon.
On retrouvera cette sorte d’avance masquée dans les représentations qu’il impose.
Elles ont toutes les apparences, encore, de pratiques totémiques, tribales. Mais c’est à nous de choisir
d’en être tributaires, de payer à notre tribu l’impôt qu’elles méritent. Chappert-Gaujal laissant faire,
on devra donc se l’inventer entre Amazonies urbaines et ethnies d’échangeurs autoroutiers.
C’est à dessein que l’artiste ne fournit que ses propres signes. Il a assez de savoir-faire et d’élégance
pour ne pas prétendre vendre du sens. Une raison de plus pour ne pas manquer cette pratique modeste.


(1) P. Chappert-Gaujal. Bouïs’Bar. Route bleue Gruissan les 24 et 25 janvier, de 10 à 20 heures.
Daniel Bégard-janvier 2004

in Olé N° de janvier 2004

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